Récits d’avenir


Avant de dessiner, avant de concevoir des projets architecturaux, il faut prendre la mesure du territoire, s’en imprégner pour mieux imaginer ce qu’il pourrait devenir. Les 6 récits d’avenir ci-dessous sont autant de projections narratives posant les premières bases de possibles futurs, développés par la suite.

Dérives entre mer et marais,
à la rencontre des lieux et des
habitants,
six groupes d’étudiants de l’école
d’architecture de Nantes arpentent
un territoire.

Atelier d’écriture à 16 mains,
entre paroles collectées et
observation des pratiques,
60 fragments récitent les lieux, les pratiques et les ambiances.

Narrations actives et récits
prospectifs,
l’écriture comme outil de
représentation et d’énonciation,
pour « faire projet »

 

L’eau noire, couronnée reine du marais de Brière.

En ce temps-là, hasard ou jeu du monde
le marais de Brière naquit de terres fécondes
Il fallut décider de toutes les parties
A qui reviendrait la gérance de l’usufruit

Ainsi, dit l’indivis, je suis propriétaire
C’est donc à moi d’être décisionnaire

Et oh, dit le paysan, je vous nourris
Il est donc naturel que me revienne la régie

Hop, hop, hop, dit le chasseur-pêcheur, je régule les espèces
J’équilibre le marais, moi roi, plus de stress

Oui mais, dirent les coupeurs de roseaux,
C’est grâce à nous que vous avez chaud
Nous devons diriger, porter l’anneau

Dites donc, dirent les ports, nous faisons fructifier
Grâce à nous, plus de problèmes pécuniers
C’est à nous de régner

Et bien, dirent les canaux, qui vous transporte ?
Sans nous, vous ne passeriez pas la porte
Nous devrions être chefs en quelque sorte

Enfin l’eau noire se mit à tinter
Réclamant elle aussi l’autorité
Et tous se mirent à ricaner,

Que l’eau noire dirige ? Que pourrait-il y avoir de pire ?

L’eau noire vexée, ses exutoires referma,
Et aussitôt tout le marais s’asphyxia.

Il souffrait et luttait pour survivre
Et tous perdaient le goût de vivre.

Ils demandèrent à l’indivis de céder
Et de laisser l’eau noire gouverner

Celle-ci, en s’écoulant, fit revivre le marais
C’est donc elle qui devint la cheffe, la patriarche.

Le marais fonctionnait bien, sans querelle, simplement
Car elle gérait fort bien l’envasement.

> Dans l’estran du marais <

Les Ventouses de Saint-André-des-Eaux

Veuillez lire attentivement cette notice des “ventouses de Saint-André”, elle contient des informations importantes pour vous. Pour en tirer le meilleur bénéfice, veuillez l’utiliser conformément à la notice d’emballage ou le cas échéant aux indications de votre promoteur immobilier. Conserver cette notice pour pouvoir la relire si nécessaire.
Plus de dix lotissements pavillonnaires sont disponibles à SaintAndré-des-Eaux sur prescription d’un promoteur immobilier. Ces lotissements, mieux connus sous le nom de «raquettes» ou «ventouses», vous permettent d’augmenter la capacité d’accueil de votre commune ainsi que votre potentiel fiscal ; le tout, sans faire appel à un architecte !
Posologie : Veillez à utiliser les ventouses avec parcimonie sans dépasser la dose conseillée de 20 logements/hectare prescrite par le PLU, du PLH et du SCoT. De meilleurs résultats pourront être obtenus en combinant la dose avec au moins 20% de logements sociaux.
Mise en garde : les ventouses sont sans issues. Si vous empruntez l’une d’entre-elles, vous risquez d’attraper le tournis ou de bloquer la circulation. N’oubliez pas de faire marchearrière pour revenir à la case départ pour rejoindre le centrebourg, sans passer par la prison, qui vous détournerait vers Nantes.
Effets indésirables : l’usage répété des ventouses est susceptible de modifier l’équilibre socio-spatial de votre centre-bourg et d’amplifier le symptôme de “cité dortoir”.

> polarités métropolitaines à St-André-des-Eaux <

Le spleen d’une résidence secondaire

C’est toujours pareil. Ils disparaissent derrière la porte qui claque. Le verrou tourne et tord mes entrailles. Puis surgit le silence. Un silence lourd, sombre, cruel. Celui qui annonce la fin du film. Le silence du cadavre que le temps grignotera lentement.

Mes colonnes qui s’effritent ne sont qu’un lugubre décor de péplum briéron où seuls les insectes s’affrontent. Le voisin ne salue plus personne en pénétrant l’allée arborée, il rentre et fait vivre son logis tandis que dans mon antre, la poussière virevolte. Est-ce là le destin qui me fut choisi ?

Longtemps, mes larmes se sont mêlées à la pluie dégoulinante des gouttières mousseuses. Quant au loin, les cheminées laissaient échapper le gracieux fumet des foyers chaleureux.

Non ! Je refuse de m’éteindre ! Alors je m’accroche aux souvenirs. Ah comme je me souviens… Après le grand nettoyage de printemps, le ballet des voitures qui glissent dans les garages souterrains. Les bagages plein les bras, ils découvrent tout excités mon havre de paix, le grand air et l’odeur de la pelouse humide qui annonce les vacances. Il y a les habitués, les explorateurs, les curieux, les casaniers, les fêtards. Des jeunes, des anciens, des familles, des couples. Il y a des golfeurs, des amoureux de la nature. Il y a ceux qui ont oublié leur maillot de bain, les maniaques qui me quittent plus propre que je ne l’étais à leur arrivée, les pressés de rentrer et les désireux de rester.

A chaque fois je les supplie de ne pas partir, en vain. L’été s’achève, une fraction de seconde et je suis de nouveau figée dans cette interminable solitude. Je ne suis plus rien. 9 mois sur 12 on m’oublie. Personne ne me regarde, moi et mes volets clos, les mauvaises herbes qui pullulent, l’eau croupie de la piscine. Pendant que les villas grouillent de vie, je deviens ruine vouée à mourir.

Je suis une friche temporaire. Le martyr du temps qui passe. L’éphémère résidence.

> en lisière du golf <

 La parade des oiseaux de fer

Sur le tarmac de l’aérodrome de la Côte d’Amour, la forêt de bitume est en ébullition. Les bêtes en fer font leur parade. L’Avion-Ecureuil depuis les hauteurs observe la scène. L’Avion-Cri-cri entame le ballet. Petit animal léger d’apparence chétive, ses 85 kilos pourraient en tromper plus d’un. Mais gare à vous, ses roulis sont brutaux. Ils pourraient vous faire tourner les ¾ de la tête en une fraction de seconde. Pourtant, à ceux qui veulent bien lui prêter attention, il peut offrir bien des sensations. Vient le tour de l’Avion-Pou. Oui, oui, celui du ciel. Un caméléon peint en bleu qui dissimule ses ailes dans le ciel. Il les déploie pour mieux étonner la foule. L’effet de surprise, il adore ! C’est maintenant au tour de l’Hélico-Moustique de prendre place. Sa tête est ronde et noire. Le regard traqueur, il trouve sa victime, active ses hélices, et se dirige vers sa cible. Il broie l’air à son envol et avec son bruit, vient titiller la foule à son passage. D’un coup, il disparaît. ZZZZZZZZZZZ… Blam ! L’Avion-Ecureuil piqué et étonné se retrouve à terre.

> alentour de l’aérodrome <

Les mille plaisirs du Bois d’amour

Au Bois d’Amour vos vacances commenceront dès le premier jour ! Vos enfants s’amuseront et s’éveilleront dans un univers spécialement conçu pour eux avec nos merveilleuses colonies de vacances qui perdurent depuis déjà 57 étés !

Jeux dans les bois, découvertes exceptionnelles, nouvelles aventures pour grandir et apprendre à s’orienter dans la forêt. Vos enfants adoreront ce voyage riche en souvenirs, vous savourerez leurs sourires !

Laissez-vous hâler ! Moments de détente et de relaxation dans votre majestueuse tente ou luxueux mobil home du camping Tohapi du Bois d’Amour.

Célibataire ou en couple, le Bois d’Amour vous promettra des rencontres inoubliables, des douceurs et des coquetteries dans les creux ombragés.

Sportifs mélancoliques ou à la recherche de sensations extrêmes, la piste retrouvée de ski sur aiguilles de pins vous ravira ! Randonnées équestres, ou parcours VTT, autant d’activités incontournables pour des vacances réussies !

Le tout dans le plus bel endroit du monde !  Vous découvrirez  des espaces naturels inconnus et inoubliables. Une nouvelle option : « L’escapade » un voyage unique entre nature, vie locale et jet set ! Au Bois d’Amour vous n’aurez plus besoin de choisir !

> dans l’épaisseur de la dune <

Recharger la plage de la Baule en 4 heures

Sachant que la plage a la forme d’un arc de cercle de longueur 9km ; que la création du port de Pornichet en 1976 a entraîné une modification des courants marins ; que 250 000 tonnes de déchets ont été évacuées lors du nettoyage de la plage après le naufrage de l’Erika en 1999 et que la plage a été rechargée de 215 000m3 en 2003 ; quelle sera la quantité de sable nécessaire au rechargement de la plage en 2027 ?

Vous tiendrez compte de la création du port de Donges en 1917 qui a modifié le débit de la Loire et entraîné un drainage plus important de la baie, générant le déplacement de 10 000 à 15 000m3 de sable chaque année, et de la tempête Xynthia en 2010 qui a retiré 100 000m3 de sable de la plage. Vous prendrez également en compte les 100 000 estivants dont certains prélèvent des tubes de sable de 5ml en souvenir, les nombreux baigneurs contraints dans la zone des 200m qui génèrent des courants contraires à l’origine de déplacements de sable conséquents, les voitures qui déplacent le sable d’un bout à l’autre du remblai à cause de l’adhérence de leurs pneus, le petit Paul qui chaque jour remplit ses poches de sable dans l’espoir de créer une plage dans sa salle de bain, l’intervention salutaire de sa mère qui vide un jour sur deux son pantalon dans le jardin et les vents d’Ouest dominants qui font parfois voler le sable jusqu’à la plage.

Vous avez 4 heures.

> le remblai de la plage <

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