Par Clémentine.

basse_indre

13h47 Départ d’Indre.
Le bac d’Indre est plus lent et beaucoup moins confortable, probablement à cause des voitures, que le Navibus Nantes-Trentmoult. Il a ce coté fonctionnel et quotidien que son nom représente assez : bac, c’est pas très jolie bac, c’est pas très Nantes métropole.
On imagine moins bien la cargaison dominicale de Nantais venir boire son petit kir à Trentmoult en bac. Non, ils ont raison, Navibus c’est mieux, c’est plus vendeur. Enfin bus ça reste quand même un peu limite, tram ça marcherai mieux, Navitram, plus chic, sauf que tout de suite on imagine des rails, et sur l’eau c’est ça ne marche pas. Non, Navibus c’est bien.


14h12 Le Bus arrive, direction Cardo.
On sort d’Indre, enfin, on: le chauffeur et moi, de toute façon il n’y a jamais
personne avant Saint-Herblain. C’est surement pas sur cette portion là qu’ils rentabilisent la ligne.
Saint-Herblain bourg on passe. Sans transition Atlantis. Aller.
A exactement 2,013km de l’arrêt Francois Mitterrand en marchant vers l’est par la rue de la Maison Neuve – coincée entre la N444 mal planqué derrière des haies maigrichonnes et de haut lieu gastronomique type ‘Relais d’Alsace’ et KFC – il est absolument impossible de tourné à gauche sur la rue Olympe de Gouges en cas de motorisation. Pour les autres il suffi d’escalader la rambarde de sécurité, de descendre le talus et l’affaire et faite.
Entre la dizaine de hangar sur la gauche, la partie sud de la rue Olympe de Gouges donc, il y a exactement 3 maisons, les trois premières depuis le départ d’Ikéa, la rue de la Maison Neuve n’en comptant aucunes. Enfin, à droite, en traversant la D75 nous y voilà ; rue Bobby Sands. Le bus 93 doit
passer quelque part ici, il y a un arrêt sur la carte qui porte son nom.
Bon, mais c’est un peu décevant tout ça Bobby, on dirait la rue de la Maison Neuve, en pire (avec plus de hangars). Remarque c’est peut être pour ça qu’il n’y a pas eu de scandales. Si les anglais sont venu voir, pas étonnant qu’ils aient laissé couler. Enfin quand même, à partir de quelle année c’est devenu envisageable de nommer une rue Bobby Sands ici ? Ca doit être relativement récent, je doute que sous Tatcher quiconque ait prit le risque.
D’ailleurs à Paris ils sont bien embêter avec ces deux là ; article de 2013, le Figaro, je cite :
« Le Front de gauche avait proposé de donner à une rue de Paris le nom de l’indépendantiste irlandais, mort en prison au terme de 66 jours de grève de la faim, après que le conseiller de Paris UMP Jérôme Dubus, délégué général du Medef Ile-de-France, eut proposé de consacrer un lieu ou une voie de Paris à la mémoire de l’ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher, décédée le 8 avril. »
Schapira, l’ex maire adjoint de conclure « Tous les mois j’ai quelque chose. La dernière fois c’était le pape et Chavez (…), là, Dubus annonce qu’il va faire un voeu sur Margaret Thatcher, et hop Bobby Sands. Si c’était pas dramatique ça serait extrêmement drôle »
Bon en tout cas, Saint-Herblain à tranché pour Bobby, et rentre dans le cercle très fermé des villes qui ont osé, la plupart sont françaises, une irlandaise et …
Téhéran. Et coup de chapeau, là bas, ils ont même débaptisé la rue Winston Churchill, pour y mettre Bobby Sands, ce qui était osé en soit, d’autant plus qu’il s’agissait de la rue de l’ambassade de Grande-Bretagne. Laquelle a du changée son entrée principale pour être domicilier dans la rue d’a coté. Ici ça à l’air plus calme. D’ailleurs c’est tellement calme que je vais repartir prendre la 73. Je laisse Bobby Sands avec ses camarades anarchistes et communistes des rues adjacentes :
– Julian Grimaud : dirigeant du parti communiste espagnol exécuté en 1963 par le régime Franquiste.
– Sacco et Vanzetti : anarchistes d’origine italienne exécutés aux Etats-Unis dans les années 20.
– Jan Palach : étudiant tchécoslovaque socialiste immolé par le feu à Prague en 69.
– Julius et Ethel Rosenberg : juifs new-yorkais communistes exécutés aux Etats-Unis en 53.
C’est reparti pour la rue de la maison neuve.


 

18h30 à peu près, arrivée au Cardo.
Au Cardo, il y a un bar, un seul. Pas facile à trouver. A environ 400m de la station de tramway et de bus, en allant vers le Leclerc, juste un peu avant la grande surface, assez en hauteur, près d’une boutique d’e-cigarette. Sa terrasse surplombe l’immense parking du centre commercial, et à la tombée de la nuit, en ayant bu un verre ou deux et en plissant les yeux on pourrait se croire devant un port de plaisance. Sauf que les mats des bateaux sont des lampadaires et les embarcations des auto. Malgré tout, le paysage de la terrasse du bar du Cardo est hypnotisant. D’autant plus quand on synchronise astucieusement à la vue de cette océan d’automobiles au mouillage, l’ambiance sonore atypique du comptoir, en s’asseyant près de la porte d’entrée ouverte. « L’Orvaltais », c’est son nom, est un bar d’habitués dont j’ai bien l’intention de gagner le statut. Dans 4 mois peut-être, j’obtiendrai la double dénomination d’Architecte diplômé d’état et d’Habituée de l’Orvaltais. Deux challenges intimement liés semble-t-il. Mais pour l’instant je n’en suis qu’au titre d’étrangère régulière, promotion majeur depuis la première fois où j’étais étrangère tout cour. Cette fois-là d’ailleurs, tout concordait a signifier l’absurdité de ma présence :

_ Dès l’entrée, en me jetant un coup d’oeil, la serveuse (dont j’apprendrais plus tard qu’elle s’appelle Aurélie) se précipite vers le coin tabac, comme s’il était absolument impossible que je vienne ici pour une autre raison. Mais non. Une pinte s’il vous plait ? Vous prenez la carte à partir de combien ? 10 ?Ah … bon ben deux pintes alors.
_ Quelques minutes plus tard en lui faisant remarquer l’absence de concurrence dans le quartier et l’éprouvante difficulté qui fut mienne pour trouver une tireuse a bière, Aurélie m’estampille d’un bienveillant « ah, vous sortez du cardo vous ».
_ Et finalement enfin installée en terrasse, contemplant le port de mouillage automobiles, j’entends courir le bruit venant de l’intérieur qu’Alain part.
Effectivement le dénommé Alain passe la porte et se retrouve devant moi, qui, entraînée par engouement de ses camarades, le gratifie à mon tour d’un chaleureux : « Au revoir Alain ». Sauf que c’était ma première fois à l’Orvaltais et que donc bien évidement Alain et moi, on ne se connaissait pas. Mais ça n’a pas eu l’air de le choquer, Alain, il a tout de suite enchainé :
– Ah vous, vous aimez bien la bière.
– Devant un sens de l’observation aussi affuté (puisque j’avais encore mes deuxpintes devant moi) je me retrouvai assez prise au dépourvu et ne su que répondre un hésitant ; « ben oui plutôt ». La conversation partait mal.
Heureusement pour la deuxième fois en 2 minutes Alain allait sauver la situation, avec une question cette fois plus inattendu :
– Vous êtes Nordique ?
Voila, donc. La ligne de bus 73 m’a, non pas seulement, accordé le statut d’étrangère dans ma propre ville mais carrément celui de Scandinave. Qui a dit qu’il fallait partir loin pour voyager quand 30 minutes de bus suffisent.