Par Anaëlle.

RIVIERE

8h30.

Descendre au terminus de la ligne 73 et rechercher un objectif, une fin à ce trajet qui n’en a pourtant pas. Comme ceux qui se mettent en mouvement au sortir du bus, marcher, sûre qu’il y a un endroit où aller.
Elle s’engage à gauche, attirée par la circulation rapide, et parce qu’il faut bien s’engager quelque part. Regard à gauche, regard à droite, regard centre, regard qui balaie et recolle les morceaux.
Flash. Flash. Route de suivi de chantier_ L3.
Contemplation des entrées, des sorties, du rond point et suivi du trajet de plusieurs voitures jusqu’à disparition dans le paysage mouvant.
De toute façon le bus 73 passe tous les 20 minutes, et elle se dit qu’en 20 minutes, elle a le temps de visiter 3 fois le km tolérable de la TAN.
Alors elle continue vers cette quatre voies persuadée qu’il y a quelque chose à voir. Mais plus les voitures passent, plus elle se sent découragée, ce sont comme des voitures qui lui passent dessus. Une mobylette la frôle de peu, arrogante sur la piste cyclable où elle n’a rien à faire. Le bus est parti loin, a priori pense-t-elle. Qui a t-’il d’autre à voir?
Et là, elle se sent fatiguée. Fatiguée de son parcours de ligne. D’une tension de voyage, comme déversée là, maintenant, au pied du périphérique. Parce qu’elle ne sait plus quoi regarder, ne sait plus ce qui est intéressant ou ce qui ne l’est pas. Parce que son cerveau ne hiérarchise plus. Les bras ballants devant le passage piéton, elle voit le bus 73 réapparaître derrière le gros rond point. Comme une amarre qui lui tend le bras, le bus s’arrête là, juste de l’autre côté. Il n’y a plus 20 minutes pour l’idée d’un kilomètre qui lui devenait de toute façon insupportable.
Et puis tout s’enchaîne très vite. Elle perd le chauffeur de vu, les portes sont fermées, le bus est vide. Elle se dit, changement de chauffeur! Adieu Gérard! Ta coupe au bol! Tes émissions France Inter! Dommage! Mais le plus étrange c’est de ne pas l’avoir vu partir quelque part. Elle se refait le film. A gauche, son rond point et ses entrées, sorties de quatre voies. A droite, le parc des affaires de la Rivière. Devant, toujours le bus, vide. Et derrière elle, elle bute sur cette chose noire.
C’est une petite cabine, de type transformateur mais en plus large. Elle n’a pas de fenêtres, et surtout pas de portes. Ah si ! Une porte sur une des faces.
Il est 8h40, et les quelques personnes qui arrivent au compte goutte n’ont pas l’air très préoccupées par la disparition du chauffeur.
Elle se dit qu’il n’a pas pu aller bien loin et que personne ne va arriver de quelque part pour le remplacer. Alors sa théorie, c’est que le chauffeur est dans cette boite noire, noire puisque sans fenêtre et il va bien finir par en sortir pour la ramener à Atlantis.
Mais son imaginaire s’emballe. Toutes les solutions s’enchaînent, se combinent parfois, un relais pour poser des papiers? Un endroit où l’on peut faire du café? Une entrée de dédale souterrain, ou finalement rien… Un boitier électrique, une arrivée d’eau, un terminus de réseaux quelconque?

Une fin à cette ligne qui n’en avait pourtant pas.